La nécessité de la politique et de la participation pour s’attaquer à l’exploitation

2 octobre 2018
Innovation en Recherche

Neil Howard  | Prix Fellow en développement international à l'Université de Bath

Comment les institutions politiques appréhendent-elles des problèmes tels que la traite ou le travail des enfants, et pourquoi les interventions qu’elles déclenchent échouent-elles si souvent ? Mes recherches ont dévoilé deux réponses principales. La première est que les interventions et politiques sont généralement conçues par la direction, de manière non participative ; les groupes ciblés ou victimes étant exclus de ce processus de conception, cela peut fortement en limiter l’efficacité, voire causer des dégâts. La deuxième est que les politiques et interventions évitent souvent de traiter les causes premières structurelles du phénomène auxquelles elles sont censées s’attaquer, en partie parce que cela s’avère politiquement difficile pour leurs créateurs.

Cette rubrique va partager une réflexion sur ces problèmes, en se demandant ce que les recherches sur les « victimes » peuvent nous indiquer concernant les réussites et points d’amélioration des politiques, notamment à travers l’étude des concepts de participation et de politique. Son intention, tout comme celle de la plateforme de connaissances dans son ensemble, est d’apporter le meilleur des recherches contemporaines à l’attention des législateurs et des praticiens en quête de stratégies efficaces.


Groupe de discussion en session. Unsplash/Dylan Gillis

Au cours des 50 dernières années, le grand-père du développement participatif, le professeur Robert Chambers, a diffusé un message simple, mais puissant : nous devons demander à ceux que nous souhaitons aider comment nous y prendre. Bien que ce principe soit intuitif, la plupart des projets de développement ne le respectent pas. Généralement, les lois, politiques et projets sont ébauchés dans des capitales très éloignées des lieux où ils sont appliqués. Et bien que ces instruments puissent être validés par des représentants de gouvernements élus, la relation évidente entre le pouvoir et l’argent est telle que, souvent, ces personnes ne représentent pas totalement tous leurs concitoyens.

Les conséquences peuvent en être dramatiques. Le terme de « dommages collatéraux » est employé par beaucoup de mes collègues ; nous avons tous étudié des interventions qui ont mal tourné en raison de la distance entre les créateurs et les destinataires. Par exemple, des campements clandestins ont été détruits pour « protéger » les travailleurs exploités qui y vivaient, et des personnes sont mortes suite à leur détention visant à les « sauver » de la traite.

La participation est donc aussi fondamentale que limitée. Il est essentiel de faire participer les personnes affectées par toutes les formes d’exploitation si l’on veut que les interventions les aident efficacement. Aussi bonnes nos intentions soient-elles, en tant que praticiens, nous n’avons que peu de chances de comprendre suffisamment bien les nuances de la réalité chez les autres pour créer des interventions appropriées sans leur aide. Cela s’avère également essentiel pour la durabilité, car des recherches en psychologie ont démontré que les destinataires sont plus susceptibles d’être satisfaits et de s’approprier les décisions qui les concernent s’ils sont inclus dans leur processus de création. Enfin, la participation revêt une importance éthique et marque la différence entre charité et solidarité. Comme le dit en des termes inimitables Lilla Watson, activiste aborigène : « Si vous êtes là pour m’aider, vous perdez votre temps. Mais si vous êtes là parce que votre libération dépend de la mienne, travaillons ensemble ».

Il est essentiel de faire participer les personnes affectées par toutes les formes d’exploitation si l’on veut que les interventions les aident efficacement.

La solidarité requiert que nous passions à la politique. Selon la majorité du débat général au sujet du travail forcé et relevant de l’exploitation, ce dernier n’est qu’une simple conséquence de concepts abstraits, comme la pauvreté ou la criminalité ; mais, en réalité, toutes les formes de relations de travail relevant de l’exploitation sont causées par des hommes in fine, et résultent de décisions politiques sur la distribution des droits et ressources.

Des recherches du monde entier montrent que des personnes choisissent couramment de se soumettre à des relations de travail relevant de l’exploitation car il s’agit du meilleur choix qui s’offre à elles. Changer cette réalité revient à changer les règles de l’économie mondiale, afin de veiller à ce que chacun, où qu’il soit, possède le minimum nécessaire pour résister à l’exploitation et en bénéficie au titre de droit de l’homme.

Un grand nombre de nos collègues praticiens le savent. Cependant, le problème est que les contraintes politiques et de financement les empêchent souvent de s’exprimer à ce sujet. Comme le dit Nina, une employée supérieure de l’ONU que j’ai interviewée en 2011 : « Les histoires sur . . l’injustice politico-économique ne sont pas vendeuses. C’est la souffrance qui vend. . . Il faut être sexy pour lever des fonds, et la traite ou l’esclavage le sont ». Cela donne lieu à des récits politiques qui simplifient les motifs de causalité complexes et évitent les vérités gênantes sur le pouvoir et sa concentration.

Pour atteindre les objectifs de développement durable et pousser plus largement notre monde vers plus d’équité et de justice sociale, nous devrons adopter une approche très différente. Au cours des mois à venir, je livrerai ma réflexion sur la manière dont la politique et la participation sont cruciales pour comprendre de quelle approche différente il pourrait s’agir.

Neil Howard est Prize Fellow en Développement international à l’Université de Bath, où il fait partie du Groupe de recherche sur le SDG 8.

Cet article a été préparé par Neil Howard, en tant que contribution à Delta 8.7. Comme spécifié dans les Conditions générales d’utilisation de Delta 8.7, les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur(e) et ne reflètent pas nécessairement celles de l’UNU ou de ses partenaires.

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