Le modèle d’identification des risques liés au travail des enfants : une contribution régionale pour atteindre la cible 8.7

16 janvier 2019
Innovation en Recherche

Technical Secretariat  | Le Secrétariat technique de l'Initiative régionale Latin America and the Caribbean Free of Child Labour

La région de l’Amérique latine et des Caraïbes a connu l’une des plus fortes baisses du travail des enfants, en passant de 20 millions d’enfants et d’adolescents en 2000 à 10,5 millions en 2016. Néanmoins, pour atteindre la cible 8.7 à temps et de façon durable d’ici 2025, il est urgent de créer des politiques qui auront un impact direct sur ceux qui sont les plus vulnérables à cette réalité, sans abandonner personne.

Dans cette optique, les pays de la région ont pris conscience de la nécessité de réévaluer les politiques qui ont été efficaces jusqu’à présent et d’élaborer des solutions novatrices qui renforceront une approche préventive. « Couper les vivres » du travail des enfants exige de prendre des initiatives, mais le manque de données permettant de mieux comprendre la situation spécifique des personnes les plus vulnérables au travail des enfants a été l’un des principaux obstacles rencontrés.

Pour trouver des moyens efficaces d’éradiquer le travail des enfants, nous devons comprendre :

  • Quels enfants et adolescents sont à risque, et pourquoi ;
  • Quels territoires et secteurs sont les plus vulnérables au travail des enfants, en particulier les formes les plus graves de travail des enfants ;
  • Les conditions dans lesquelles travaillent les enfants exploités ; et
  • Les programmes et services les plus efficaces pour prévenir ou atténuer l’entrée prématurée des mineurs sur marché du travail.

Dans ce contexte, et avec l’appui de l’Organisation internationale du Travail (OIT) et de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (ECLAC), la Latin America and the Caribbean Free of Child Labour Regional Initiative a élaboré le Modèle d’identification des risques du travail des enfants. Cet outil statistique utilise les données nationales existantes – enquêtes, recensements et dossiers administratifs – pour identifier et classer les territoires en fonction de leur probabilité de présence du travail des enfants, afin de déterminer où les efforts de prévention devraient être prioritaires. Il identifie également les facteurs les plus déterminants dans la vulnérabilité d’une région au travail des enfants, afin d’améliorer les actions transversales existantes.

Ce modèle constitue une stratégie innovante et rentable, qui fournit aux pays des informations fiables et contribue à accroître l’efficacité de l’action gouvernementale et des contributions des partenaires sociaux. Grâce à une organisation systématique de l’information, les pays peuvent promouvoir et renforcer le dialogue et la coordination au niveau local, afin de concevoir des interventions préventives ciblées et de perturber le travail des enfants, de progresser vers les objectifs nationaux et de réaliser la cible 8.7.

En 2017, le Brésil, la Colombie, le Mexique et le Pérou ont mis en pratique le Modèle d’identification des risques. Plus de 11 000 municipalités ont été analysées dans les quatre pays, et près de 2 000 ont été identifiées comme présentant un risque élevé de travail des enfants. Pour mettre en œuvre le modèle d’identification des risques, chaque pays a suivi quatre étapes : identifier les facteurs associés au travail des enfants ; développer le modèle logistique ; appliquer les coefficients du modèle d’identification des risques au recensement de la population ; et établir une caractérisation territoriale au niveau local (municipalités).

Pour mettre en œuvre le modèle, deux types de sources d’information étaient nécessaires : l’une qui estime le taux de travail des enfants au niveau national et permet aux pays de construire un modèle logistique, comme les enquêtes sur le travail des enfants, et une seconde qui facilite le niveau de désagrégation et fournit suffisamment de données pour reproduire le modèle au niveau sous-national, comme dans le cas d’un recensement démographique.

Parmi les variables utilisées par les pays pour identifier les facteurs associés au travail des enfants, on peut citer notamment le sexe, l’âge, la zone résidentielle, l’appartenance ethnique, le statut de migrant, la fréquentation scolaire, la taille du ménage, le niveau d’instruction, la profession des parents, etc. Il convient de mentionner que chaque pays a choisi les variables à inclure dans le modèle sur la base d’études nationales déjà réalisées et, une fois identifiées, a confirmé si elles pouvaient être combinées avec les enquêtes et les recensements utilisés.

Conformément à ce qui a été analysé par le Modèle d’identification des risques, la région devrait recentrer ses interventions sur les zones rurales et écologiquement fragiles touchées par des catastrophes naturelles ou des conditions d’insécurité, les secteurs à risque comme l’agriculture et les services, et les groupes à risque, comme les populations autochtones, les communautés d’origine africaine et les migrants.

Ainsi, les pays pilotes espèrent lancer en 2019 la deuxième phase du modèle. Tuxtla Gutiérrez, la capitale de l’État mexicain du Chiapas, sera la première municipalité à mettre en œuvre le modèle. Cette ville a été la première à accepter l’engagement volontaire d’examiner plus en détail la situation locale du travail des enfants. Avec le lancement de la deuxième phase, Tuxtla Gutiérrez vise à identifier, concevoir et/ou ajuster des interventions multisectorielles au niveau local, ou renforcer les composantes des instruments déjà existants pour renforcer les services locaux de prévention et de protection.

Le modèle d’identification des risques du travail des enfants sera ensuite mis en œuvre au Chili, au Costa Rica, au Guatemala, en Jamaïque et en République dominicaine, et d’autres pays devraient bientôt s’y joindre.

Dans ce cadre, la Regional Initiative offre un exemple important de la manière dont les acteurs peuvent être incités à trouver de meilleures solutions et de meilleurs outils pour atteindre la cible 8.7, et offre un tel outil par le biais du Modèle d’identification des risques. Ce n’est que grâce à de telles mesures innovantes que nous pouvons espérer accélérer la réduction du travail des enfants et l’empêcher de se perpétuer à l’avenir.

Le Secrétariat technique de The Latin America and the Caribbean Free of Child Labour Regional Initiative (RI) est responsable de la mise en place et de la surveillance du Modèle d’identification des risques.

Cet article a été préparé par la Latin America and the Caribbean Free of Child Labour Regional Initiative dans le cadre d’une contribution au programme Delta 8.7. Comme spécifié dans les Conditions générales d’utilisation de Delta 8.7, les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de l’UNU ou de ses partenaires.

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