Partenariats public-privé aux Philippines : test d’un nouveau modèle d’engagement des entreprises et du gouvernement

5 mars 2019
Innovation en Recherche

Premier d’une mini-série dans notre programme aux Philippines, cet article explore l’approche observée par le GFEMS pour aborder l’esclavage moderne d’une manière durable et évolutive : établir des partenariats public-privé dans les géographies et les secteurs cible. Les publications suivantes porteront sur d’autres composants critiques de cette initiative, y compris l’État de droit efficace, l’évaluation fiable des impacts et la vision à grande échelle.

Dans le cadre de notre portefeuille de subventions, le Fonds mondial pour mettre fin à l’esclavage moderne (Global Fund to End Modern Slavery, GFEMS) développe et teste un nouveau modèle de réduction de la prévalence du travail forcé au sein des travailleurs philippins à l’étranger (OFW, Overseas Filipino Workers). L’objectif du GFEMS est de réduire la prévalence de l’esclavage moderne en termes de durabilité et d’échelle. Ceci nécessite une mobilisation coordonnée des ressources du secteur gouvernemental et privé pour générer des solutions pouvant opérer au-delà des fonds collectés auprès des donateurs et pouvant évoluer pour atteindre de vastes populations.

Pour catalyser cette mobilisation et jeter les bases d’un partenariat public-privé (PPP, public-private partnership), le programme du GFEMS exploite les priorité du secteur gouvernemental et privé afin de répondre aux besoins des travailleurs migrants philippins vulnérables. Aux Philippines, les opportunités principales d’alignement incluent :

  • La préoccupation du gouvernement par rapport à la sécurité des 2,3 millions environs de Philippins qui migrent chaque années pour le travail ;
  • L’intérêt du gouvernement pour « Build, Build, Build », une initiative d’infrastructure et de construction massives dont le coût estimé est de 180 milliards de dollars US ; et
  • La demande du secteur privé en travailleurs de la construction qualifiés et semi-qualifiés recrutés localement pour répondre aux besoins du marché.

Exploiter les liens entre ces aspects permet au GFEMS d’établir un PPP orienté sur la réduction du travail forcé des travailleurs migrants philippins d’une manière ciblée et spécifique. En s’associant au gouvernement, au fonds d’allégement de la pauvreté Villar-SIPAG et aux entreprises de construction du secteur privé, le GFEMS a lancé un programme pour former les travailleurs les plus vulnérables, en particulier les femmes, aux emplois dans la construction. À l’issue de la formation, ces travailleurs sont assurés de trouver un emploi auprès d’un employeur éthique local, ce qui crée un emploi sûr local comme alternative à une migration risquée.

Manille, Philippines. Bash Carlos/Unsplash.

Susciter l’adhésion : identifier et exploiter les priorités du secteur public

Pour assurer l’adhésion à ce PPP émergent, GFEMS a exploité les liens clés existant entre les priorités du gouvernement philippin et celles du secteur privé. Pour le gouvernement, envoyer des travailleurs migrants à l’étranger est une priorité économique importante. Selon les études récentes, les remises de paiement entrantes approchant les 30 milliards de dollars US constituent presque 10 % du produit national brut total. Toutefois, la migration à l’étranger, souvent dans des industries à faibles qualifications telles que le travail domestique, constitue un risque réel et peut aboutir au travail forcé et à la traite des être humains. On estime que 900 000 travailleurs philippins sont déployés dans des emplois à faibles qualifications chaque année, et même si la prévalence du travail forcé au sein de ces migrants n’a pas été bien mesurée, elle atteindrait 20 % parmi les travailleurs domestiques femmes, selon nos partenaires sur le terrain. Protéger ces migrants reste un objectif clé du gouvernement.

L’administration actuelle a également donné priorité à une initiative d’infrastructure massive, « Build, Build, Build », et investit des milliards dans des projets de construction domestiques. Ces initiatives ouvrent une porte pour les travailleurs philippins ayant la bonne formation pour trouver un travail chez eux, mais elles aggravent également le manque de main-d’œuvre qualifiée et semi-qualifiée auquel les entreprises de construction aux Philippines font déjà face. Le lien existant entre ces priorités du secteur public et les besoins du secteur privé crée une opportunité pour unir des partenaires afin d’aborder le travail forcé des travailleurs migrants.

Rassembler les éléments

Le GFEMS tire parti de cette opportunité en collaborant avec Villar SIPAG afin de créer un nouveau modèle d’engagement du secteur privé et de mobilisation des ressources du gouvernement, lequel a été conçu via un processus de cocréation interactive avec les partenaires du GFEMS sur le terrain. Le modèle intègre un programme de formation efficace, dirigé par Villar SIPAG avec l’aide du GFEMS, qui utilise des unités de formation mobiles pour que les travailleurs dans les groupes les plus vulnérables soient préparés aux emplois très recherchés, tels que les emplois de soudeur, de peintre et de maçon. Les participants au programme suivent également un curriculum sur la lutte contre le trafic des êtres humains, pour s’assurer qu’ils savent identifier et traiter les situations pouvant se traduire par le trafic des êtres humains. Une fois les deux modules terminés, Villar SIPAG place les travailleurs à des emplois durables auprès de gros développeurs immobiliers à travers les Philippines.

Le double curriculum suivi par les travailleurs et la garantie d’emploi répond à chacune des priorités du gouvernement et du secteur privé répertoriée ci-dessus, et offre une alternative domestique basée sur le marché à la migration à l’étranger, ce qui élimine le manque de travailleurs qualifiés et semi-qualifiés aux Philippines et améliore la protection des travailleurs qui préfèrent malgré tout partir à l’étranger.

Dans l’exécution de ce partenariat, GFEMS investit environ 600 000 dollars US de financement initial et bénéficie de plus de 1,1 million de dollars US en provenance de Villar SIPAG. Ce programme utilise également plus de 340 000 dollars US en bons de formation du gouvernement, mis à disposition par le TESDA (Technical Education and Skills Development Authority) du gouvernement des Philippines.

Tourné vers l’avenir

La collaboration du GFEMS aux Philippines est un premier pas prometteur dans l’établissement de solutions basées sur le marché face au trafic des êtres humains. Bien que ce programme en soit à ses débuts, le GFEMS espère qu’il permettra aux ONG, aux entreprises du secteur privé et aux gouvernements d’apprendre des leçons précieuses dans le développements de PPP futurs. Les publications suivantes de cette série porteront sur d’autres composants critiques de cette initiative, y compris l’amélioration de l’État de droit, la garantie d’une évaluation fiable des impacts et la création d’un procédé d’évolutivité.

Cet article a été préparé par le Fonds mondial pour mettre fin à l’esclavage moderne en tant que contributeur à Delta 8.7. Comme spécifié dans les Conditions générales d’utilisation de Delta 8.7, les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur(e) et ne reflètent pas nécessairement celles de l’UNU ou de ses partenaires.

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