Symposium : Efforts globaux pour mettre fin à la traite des êtres humains, en partant de la base

30 mars 2019
Innovation en Recherche

Annie Miller  | Professeure assistante, Université Washburn
Amanda Finger  | Directrice exécutive, Laboratory to Combat Human Trafficking

Dre Alison Gardner a publié un innovant et plus que nécessaire examen des approches des partenariats afin de s’attaquer à l’esclavage moderne, nommé traite des êtres humains dans notre jargon au Laboratory to Combat Human Trafficking (LCHT). Le « paradigme des 4P » (prévention, protection, poursuites et partenariat) guidant les actions internationales doit être testé afin de vérifier qu’il s’agit bien d’un modèle complet, et les travaux de Dre Gardner font progresser notre compréhension des pratiques prometteuses des partenariats.

De plus, même si chaque rôle et chaque stratégie du mouvement de lutte contre la traite compte, aucune organisation ne peut s’attaquer seule à la traite des êtres humains dans son ensemble. N’investir que dans un pan de la réponse communautaire ne permettra pas de s’attaquer à toutes les causes profondes de la traite des êtres humains et les survivants risquent de continuer à passer à la trappe. Tandis que le mouvement de lutte contre la traite médite sur les 19 années passées depuis le passage du Protocole des Nations Unies visant à prévenir, réprimer et punir la traite des personnes (Convention de Palerme), ce crime s’est étendu et la réponse adaptée est devenue plus complexe.

Manifestation d’un problème mondial au sein des communautés locales

Avec la signature de la Convention de Palerme, les pays ont mis en place leurs propres lois nationales en puisant dans les définitions des Nations Unies, telles que la loi fédérale Trafficking Victims Protection Act, adoptée aux États-Unis en 2000. Cependant, contrairement aux autres mouvements sociaux, le mouvement national de lutte contre la traite a commencé avec une approche descendante fondée sur des directives et définitions législatives, plutôt qu’en tant qu’expérience ascendante, partant des premiers concernés. Les décaissements fédéraux pour financer les unités opérationnelles ont déferlé sur les villes des États-Unis afin de faire de la formulation et de la coordination d’une réponse à la traite des êtres humains une priorité. Localement et au niveau de l’État, cela a été perçu comme une mission pour examiner un crime ayant supposément lieu au sein d’un périmètre géographique donné. La priorité a pourtant été définie par des personnes extérieures n’ayant pas les connaissances contextuelles nécessaires relatives à la forme locale de la traite.

En réponse à cette approche descendante, le LCHT a lancé des efforts de recherche afin d’explorer la compréhension du crime par notre État. Depuis 2012, nous avons suivi les efforts d’un unique État américain, le Colorado, visant à mettre fin à la traite des êtres humains. Il s’agit de notre évaluation de référence. Le Colorado Project to Comprehensively End Human Trafficking (Projet Colorado pour mettre complètement fin à la traite des êtres humains) suit un vaste sujet de recherche : que faut-il faire pour mettre fin à la traite des êtres humains au Colorado ? Le Colorado Project 2.0 (CP2.0) représente une étape majeure de ce parcours, car il s’agit de la première réplique du Colorado Project d’origine, publié en 2013. Le projet de recherche participatif basé sur la communauté a collecté des données relatives aux 4P. Nous estimons et reprenons les perspectives nationale, régionale et locale utilisées par Dre Gardner.

Les recherches de Gardner indiquent qu’il existe au Royaume-Uni des forces et défis apparemment similaires à celles que nous avons trouvées au Colorado. Les forces constantes à travers les différents emplacements géographiques semblaient permettre aux partenariats d’effectuer des sensibilisations, de partager des informations et de conduire de vastes efforts pour former à la traite des êtres humains, tout particulièrement des formations ciblant les équipes de première ligne des organismes de services publics. Il semblerait que les partenariats entre plusieurs organismes du Royaume-Uni affrontent des défis similaires à ceux de notre État du Colorado : l’absence de terminologie partagée, dont une définition de la traite ; le manque de financements dédiés ou de flux de ressources ; la nécessité d’un plus grand nombre de représentants, tout particulièrement via l’implication des survivants ; des objectifs et résultats peu clairs ; la nécessité d’un meilleur suivi et/ou partage des données.

En nous basant sur les recherches menées au Colorado et les travaux de Dre Gardner au Royaume-Uni, nous aimerions porter une attention supplémentaire à deux problématiques spécifiques. Premièrement, la mesure et l’évaluation des efforts des partenariats demeurent insuffisantes. Deuxièmement, un espace doit être accordé au leadership des survivants dans chaque initiative des partenariats.

L’ensemble d’outils de l’IASC représente un point de départ utile pour mettre en place des objectifs partagés entre les partenariats, développer la confiance entre les partenaires et identifier les résultats en tant qu’indicateurs de progression. Les partenariats en place et les groupes de mouvements parallèles de longue date ayant pour mission de s’attaquer à la traite fournissent des échantillons délimités et une cartographie visuelle des efforts de lutte contre la traite à travers une communauté, une région ou un État donnés. S’engager auprès de praticiens, comme le fait Dre Gardner au sein de ses recherches, permet d’obtenir des perspectives de ce qu’il se passe directement sur le terrain. Les étapes de conception, collecte de données et analyse des recherches du Colorado Project ont pris en compte les points de vue des survivants, des chercheurs et des praticiens. En intégrant ces nombreux avis, aucun secteur ne prend le pas sur un autre et un pied d’égalité en découle en termes d’expertise. Les résultats de ces efforts partagés de recherche forment le plan d’action Colorado Project 2.0.

Le plan d’action 2.0 a défini une feuille de route pour donner la priorité aux efforts régionaux et d’États contre la traite des êtres humains. Les praticiens, les survivants et les chercheurs ont examiné des données provenant de 17 partenariats et 29 groupes cibles à travers l’État, alliées à 76 entretiens supplémentaires à l’échelle organisationnelle et 183 réponses à une enquête, afin d’aiguiller la création de ce plan d’action. Les survivants ont mené les examens de chaque recommandation du plan d’action pour veiller à ce que nos conseils prennent en compte les traumatismes et soient appuyés par des expériences vécues. Soutenir et partager les leçons apprises grâce à nos partenariats locaux sera primordial pour progressivement mettre fin à la traite des êtres humains dans le monde.

Aller au-delà des approches fragmentées

Une approche fragmentée s’est avérée inefficace pour mettre fin à la traite des êtres humains. Comme pour de nombreux mouvements de défense des droits de l’homme, les travaux collaboratifs prennent du temps et nécessitent d’entretenir soigneusement la confiance entre les secteurs et les disciplines afin de préparer le terrain du changement social. Nous suggérons qu’un indicateur clé de la réussite des partenariats soit la confiance qu’ils sont en mesure de développer et maintenir alors qu’ils atteignent leurs objectifs communs. Aspect fondamental du mouvement, la confiance sera la clé de la lutte pour relier les efforts descendants et ceux des premiers concernés.

Les participants aux deux études décrivent les financements comme un défi supplémentaire pour conserver des partenariats efficaces sur le long terme. Contrairement aux participants du Royaume-Uni, ceux du Colorado ne considèrent pas vraiment les financements comme une limitation. En effet, le manque de services communautaires fondamentaux, tels que les soins de santé, le logement, le traitement des addictions ou les emplois à salaire décent apparaissent comme étant les causes profondes de la traite. Nous prenons pleinement en considération les recommandations à travers le leadership, l’engagement, les responsabilités et les financements au sein du rapport de recherche Collaborating for Freedom. Parallèlement, nous suggérons qu’il est essentiel que les efforts faisant appel à plusieurs organismes accordent une attention à la prise en charge des causes profondes, de l’intégration harmonieuse à travers les autres formes de services de protection, des partenariats dirigés par des survivants et de l’assistance concernant les poursuites relatives à la traite des adultes et de la main-d’œuvre. Ainsi, selon nous, concentrer les efforts pour mettre fin à la traite permettra de conserver un mouvement exhaustif, efficace et durable, uni pour combler les lacunes entre les approches descendantes et celles des premiers concernés.

Titulaire d’un doctorat, Annie Miller est professeure assistante à l’Université Washburn.

Amanda Finger est directrice exécutive du Laboratory to Combat Human Trafficking.

Cet article a été préparé dans le cadre du symposium de Delta 8.7 « Approches locales s’attaquant à l’esclavage moderne ». Lisez toutes les réponses ici ou téléchargez un fichier PDF du symposium complet ici.

Cet article a été préparé par Annie Miller et Amanda Finger en qualité de contributrices à Delta 8.7. Comme spécifié dans les Conditions générales d’utilisation de Delta 8.7, les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur(e) et ne reflètent pas nécessairement celles de l’UNU ou de ses partenaires.

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