Symposium : Prendre les approches locales en charge

29 mars 2019
Innovation en Recherche

Nathaniel Erb  | Fondateur, Erb & Associates

Un examen du rapport effectué par le Rights Lab démontre qu’il existe un parallèle entre l’expérience des parties prenantes au Royaume-Uni relative à la coordination de groupes collaboratifs aux niveaux local et régional et mon expérience aux États-Unis. Selon l’expérience d’Erb & Associates en tant que coordinateur pour des équipes d’intervention composées de plusieurs intervenants et pour d’autres groupes de travail ciblés sur de développement de politiques de lutte contre la traite des êtres humains et le travail forcé aux niveaux local, national et international, deux problèmes fondamentaux, apparemment valables à la fois au Royaume-Uni et aux États-Unis, ressortent. Le premier est la nécessité qu’une entité locale prenne en charge la coordination du développement de politiques et stratégies. Le second est un sentiment d’une trop grande importance accordée aux réponses de la justice pénale. Ces découvertes sont cruciales pour comprendre et agir.

Concernant le premier problème soulevé, les gouvernements, les forces de l’ordre, la société civile, les survivants et les autres parties prenantes ne consacrent généralement pas assez de temps pour coordonner le développement des politiques et stratégies. Même si de nombreuses parties prenantes sont en mesure d’accorder du temps à cette tâche importante, la majeure partie d’entre elles se concentre sur la mise en place de leurs propres théories du changement au lieu de développer des stratégies et politiques concrètes avec les communautés cibles. Ne pas développer des politiques et stratégies à partir de zéro entraîne souvent un morcellement des efforts dans le meilleur des cas, ou le développement de solutions non viables dans le pire des cas. Le terrain manque cruellement de ressources et d’acteurs désireux et en mesure de se concentrer sur la coordination d’efforts entre les intervenants régionaux, afin de défendre des idées et d’encourager une prise en charge commune des mises en place entre les parties adéquates. La durabilité dépend de la capacité d’une politique ou d’une stratégie à se maintenir, même lorsqu’un intervenant n’est plus actif. Le développement de stratégies entre toutes les parties prenantes ne protège pas entièrement contre l’échec, mais cela augmente la probabilité que plusieurs entités soient disposées à diriger lorsque cela est nécessaire et facilite les futurs dialogues.

Il ne faut pas croire que les politiques et stratégies luttant contre l’esclavage moderne au niveau local seront différentes selon chaque environnement, ni qu’elles doivent être développées de nouveau en fonction chaque contexte local. Toutefois, même si certaines politiques sont applicables à divers contextes, ne pas réussir à impliquer les parties prenantes régionales dans le processus de développement de stratégies peut entraîner une mauvaise gestion du temps et des ressources, des opportunités manquées de développer de nouvelles stratégies pouvant bénéficier aux communautés locales, et une impossibilité de sécuriser l’appui continu des parties prenantes, en particulier de celles ayant la responsabilité de les mettre en place.

Concernant le second problème, la communauté des intervenants dans son ensemble appelle à étendre, et non à ignorer, l’attention des programmes de lutte contre l’esclavage au-delà de la justice pénale. Les parties prenantes souhaitent généralement qu’une plus grande importance soit donnée aux besoins rendant les individus vulnérables à l’exploitation, au lieu d’aborder une approche confinée à la justice pénale. En s’efforçant de développer des stratégies concrètes de lutte contre l’esclavage, les parties prenantes peuvent cultiver une meilleure compréhension des autres priorités et développer des moyens de les intégrer aux priorités des forces de l’ordre.

Pour finir, je suis inquiet que la communauté des parties prenantes dans son ensemble ait cherché à s’attaquer à ces problématiques via une approche descendante d’implémentation de politique. Une part importante du dialogue national et international sur la « prise en charge locale » de la traite des êtres humains et du travail forcé est centrée sur la manière dont les entités locales peuvent mieux effectuer ce que la communauté globale détermine comme étant approprié. Cependant, l’expérience d’Erb & Associates a démontré qu’avant tout, le plus utile est de reconnaître les acteurs locaux comme étant la ressource principale dans l’entretien des stratégies et politiques.

L’une des premières initiatives stratégiques qu’Erb & Associates a dû entreprendre concernant ces problématiques était l’amélioration de l’accès à l’éducation pour les individus impactés par l’esclavage moderne et la traite des êtres humains. Alors qu’une formation professionnelle (et un accès plus large à l’éducation) a déjà été reconnue comme importante par les parties prenantes globales, les équipes d’Erb & Associates n’ont, pour le moment, trouvé aucune discussion entre les partenaires du projet relative aux principaux problèmes liés à l’éducation. Par exemple, quelles mesures devraient être prises pour les individus ne possédant pas les documents adaptés ou pour les survivants craignant pour leur sécurité lors de la recherche d’éducation dans les régions où ils ont été exploités ? Ce sont les prestataires de services directs et les parties prenantes de première ligne qui ont identifié ces problématiques au cours de consultations auprès de nos équipes afin qu’elles puissent être correctement abordées. De plus, le temps consacré à écouter les parties prenantes et à travailler à leurs côtés pour s’attaquer à ces problèmes complexes aux multiples facettes a permis d’établir la confiance et de consolider les partenariats nécessaires à la réussite des actions futures.

Tandis que la communauté mondiale compte s’attaquer à la traite des êtres humains, au travail forcé et aux autres formes d’exploitation au cours de la décennie à venir, il est impératif que la communauté de lutte contre l’esclavage prenne le temps de veiller à ce que les voix et les expériences de ceux placés en première ligne, tout particulièrement les survivants, soient au centre des discussions sur les approches de lutte contre l’esclavage à adopter. Il s’agit non seulement d’atouts cruciaux apportant des connaissances et des nuances sur la manière dont ces problématiques se déroulent réellement, mais aussi de la réussite de la mise en place des stratégies reposant également sur leur adhésion.

Même si des stratégies doivent être développées afin d’identifier et de diffuser les expériences apprises pouvant devenir des bonnes pratiques, le temps nécessaire n’a pas encore été accordé à la création (et encore moins à l’approbation) de pratiques éprouvées basées sur des preuves. L’émergence d’Alliance 8.7, le programme Freedom Collaborative, Delta 8.7, le Freedom from Slavery Forum et bien d’autres ont ouvert une multitude de voies possibles au secteur, afin de partager des connaissances et de développer des efforts impliquant de nombreuses parties prenantes. Il existe cependant un important manque de perspectives multiculturelles entourant les stratégies visant à s’attaquer à la problématique. De plus amples mesures doivent être prises pour développer des pratiques, tout particulièrement celles n’étant pas originellement « occidentales ».

La traite des êtres humains et le travail forcé sont des problèmes intrinsèquement locaux. Il est extrêmement important de prendre du recul et de simplifier les mesures à prendre afin de s’attaquer aux problèmes sur le terrain. Au lieu de mettre en place n’importe laquelle de nos idées, les parties prenantes nationales et internationales devraient simplement prendre le temps de rencontrer, écouter et apprendre de ceux qui s’efforcent chaque jour d’aider les personnes dans le besoin au sein des communautés. Leurs besoins les plus pressants pourraient ne pas être (et sont peu susceptibles d’être) ce que nous pensions dans un premier temps.

Cet article a été préparé dans le cadre du symposium de Delta 8.7 « Approches locales s’attaquant à l’esclavage moderne ». Lisez toutes les réponses ici ou téléchargez un fichier PDF du symposium complet ici.

Nathaniel Erb est l’associé fondateur d’Erb & Associates. Erb & Associates apporte aux parties prenantes de la lutte contre la traite, aux niveaux local, national et international, une aide au développement de stratégies et politiques locales.

Cet article a été préparé par Nathiel Erb en tant que contributeur à Delta 8.7. Comme spécifié dans les Conditions générales d’utilisation de Delta 8.7, les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur(e) et ne reflètent pas nécessairement celles de l’UNU ou de ses partenaires.

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