Symposium : L’importance d’une approche à l’échelle d’une ville permettant d’empêcher la traite des êtres humains

28 mars 2019
Innovation en Recherche

Megan Tackney  | Responsable du programme Pathways to Freedom, Humanity United

L’investigation d’Alison Gardner, relative au soutien des actions locales efficaces contre la traite, se concentre sur l’importance de plusieurs partenariats locaux. Elle étudie ce que des partenariats locaux entre plusieurs organismes du Royaume-Uni peuvent enseigner, tout en testant l’impact d’une approche localisée afin de remédier à la traite des êtres humains, s’efforçant de libérer le Nottinghamshire de l’esclavage. Humanity United soutient des travaux similaires afin de promouvoir et partager les connaissances apprises via de nouvelles approches collaboratives au sein des villes américaines. Bien que toutes les leçons apprises ne puissent pas s’appliquer à chaque cas, il existe des connaissances et thèmes communs pouvant être utiles à une plus grande échelle.

En 2012, Humanity United a lancé Partnership for Freedom, un partenariat public-privé visant à initier de nouveaux engagements, de nouvelles idées, données et actions au sein du mouvement luttant contre la traite. Dans le cadre de ce défi, Pathways to Freedom, a été lancé en 2017 avec la NoVo Foundation et en collaboration avec 100 Resilient Cities. Preuve du besoin et de l’intérêt grandissants, 14 villes majeures des États-Unis ont postulé, 3 d’entre elles ont été sélectionnées pour recevoir des aides afin de développer de nouvelles approches exhaustives à la problématique de la traite des êtres humains : Atlanta, Chicago et Minneapolis. Grâce à notre investissement, ces villes américaines sont désormais, avec Houston, les seules possédant un poste dédié en continu à la traite des êtres humains.

Ce défi a été encouragé par les mêmes lacunes que celles identifiées par Gardner : un réseau complexe de forces de l’ordre et de services locaux sans aucune directive concernant les priorités ou le fonctionnement de la coordination ; des organismes gouvernementaux travaillant de manière isolée avec des données pauvres ou inexistantes relatives à la traite des êtres humains et aux éléments nécessaires pour y mettre fin ; un manque de fonds dédiés à la résolution de tels défis.

Les chargés de recherche des cabinets des maires d’Atlanta, Chicago et Minneapolis reçoivent désormais des fonds dédiés pour une durée de deux ans afin de rassembler plusieurs organismes de ces villes, des ONG et des prestataires de services pour développer de nouveaux flux de financement, ainsi que de nouvelles politiques, pratiques et relations avec les communautés impactées par la traite. Ils élaborent et mettent en place des projets de politiques pour leurs villes. Nous espérons que les bénéfices de cette approche pousseront les villes à continuer à s’investir une fois la période de financement terminée.

Donner la priorité à la prévention au sein des villes

Lorsque les villes américaines s’engagent dans des mesures pour lutter contre la traite, cela se fait généralement via des départements locaux de police ou des unités opérationnelles de forces de l’ordre financées au niveau fédéral. Même si les forces de l’ordre sont cruciales pour mettre fin à la traite une fois celle-ci révélée, ses interventions sont généralement effectuées après que la traite des êtres humains a fait des victimes. Comme souligné par Gardner, la police locale ne se coordonne pas toujours avec les autres départements ou ne parvient pas à mettre en avant les tendances, les schémas ou bien les besoins non juridictionnels.

Si les villes développent leur vision de la traite des êtres humains au-delà de ce que les ressources des forces de l’ordre le permettent, nous pensons qu’elles seront en mesure de jouer un rôle fondamental dans l’identification des personnes à risque ou déjà exploitées et qu’elles pourront, dans un second temps, personnaliser les initiatives et ajouter des ressources pour mieux répondre aux besoins des survivants de la traite.

Nous savons que les femmes, les hommes et les enfants vulnérables à l’exploitation passent généralement par plusieurs systèmes des villes américaines, tels que les services de législation du travail, la protection de l’enfance, les services de logement et pour sans-abris, les hôpitaux, les services d’inspection de la santé et de la sécurité, les programmes de désintoxication, les services d’immigration et plus encore. Parallèlement, nous souhaitons que nos confrères adoptent un angle de vue pour lutter contre la traite leur permettant de réaliser qu’il pourrait bien exister un problème communautaire normalisant l’exploitation, comme le fait remarquer Gardner. Ils doivent réfléchir à qui sont les personnes subissant la discrimination dans leur ville : les immigrés ? Les jeunes homosexuels ou transgenres ? Ceux ne pouvant pas fuir la violence de leur foyer ? Les personnes continuant à vivre dans la pauvreté ou la dépendance, sans aucune assistance de la ville ? Il est temps d’arrêter de se dire que trouver un ou deux responsables signifie que le travail est terminé.

L’un des défis majeurs au sein de nos villes est de demander aux individus de songer à une réponse globale, coordonnée et correspondant rarement à leur vision de la traite des êtres humains. Un manque de données, des idées fausses propagées par les médias, des ressources limitées et des plans politiques en compétition contribuent à la réticence des services municipaux à agir pour solutionner un problème qu’ils ne considèrent pas comme le leur. Ce phénomène est encore plus flagrant lorsque les villes sont encouragées à travailler à la fois sur l’exploitation sexuelle et l’exploitation au travail. Par exemple, tandis que la plupart des individus comprennent pourquoi les victimes du trafic sexuel ont besoin d’un foyer sécurisé, certains sont plus lents, voire réticents, à reconnaître l’impact du droit insuffisant du travail ou du manque de services pour les immigrés sur le trafic de main-d’œuvre.

Aux États-Unis, nous savons que les menaces grandissantes d’expulsion et l’intensification du discours anti-immigration peuvent rendre les communautés immigrées encore plus vulnérables à l’exploitation. Elles sont également moins susceptibles de rechercher de l’aide ou des services, de peur d’être expulsées ou de faire face à d’autres conséquences de l’immigration. Ce problème est tout particulièrement compliqué à l’heure actuelle, étant donné qu’un avis de proposition de réglementation a récemment été émis par le gouvernement fédéral, stipulant que l’utilisation ou le risque d’utilisation par un immigré d’avantages du gouvernement, tels que des coupons alimentaires, une aide au logement ou Medicaid, représentent une raison valable de lui refuser l’attribution d’une carte verte ou d’un visa. Heureusement, certaines administrations locales répondent par des politiques et pratiques innovantes afin de protéger les immigrés au sein de leurs communautés et pour veiller à ce que les immigrés, victimes de la traite des êtres humains et d’autres crimes, aient accès aux services dont ils ont besoin. Ces villes peuvent se dire que ce travail n’entre pas en ligne de compte dans leur programme de lutte contre la traite, c’est pourtant le cas.

Diversifier le leadership des efforts de lutte contre la traite au sein des villes

Comme indiqué par Gardner, nous devons prendre conscience qu’en l’absence, toujours actuelle, de leadership et de ressources pour les villes, les partenaires non gouvernementaux ont dû se proposer pour créer un ensemble peu cohérent de services, et ce sans grande aide de la part des administrations municipales. Les leaders de notre ville ont dû entrer en fonction humblement concernant les actions et le leadership déjà en place, se proposant plutôt de tenir une place d’allié et de nouvelle ressource.

En parallèle, en tant que fondateurs, nous soutenons les associations locales dans chaque ville de Pathways, car nous pensons que les efforts gouvernementaux doivent être accompagnés par des leaders et organisations pouvant profondément atteindre les communautés et faire entendre les voix des plus vulnérables. Ces groupes ont la capacité d’atteindre des milliers de communautés de travailleurs à faible revenu qui ont toujours été vulnérables à l’exploitation, dont les immigrés, la communauté LGBTQ+, les communautés de couleur et les femmes. Nous espérons que ces organisations finiront par faire partie des efforts des villes pour lutter contre la traite.

Dans son article, Gardner fait remarquer que comprendre le parcours des survivants est crucial pour mettre en place des politiques et des services d’assistance efficaces. C’est pourquoi nous croyons également qu’il est fondamental que les survivants fassent partie de tout partenariat local s’efforçant d’identifier les problèmes et de formuler des solutions. Nous nous allions à Survivor Alliance afin d’identifier et former les leaders des survivants dans chaque ville de Pathways. Nous espérons que les autres villes et philanthropes comprendront la valeur de l’investissement des survivants et qu’ils s’investiront de même.

Les communautés locales sont les mieux placées plus comprendre leurs propres défis uniques et pour formuler les réformes et solutions nécessaires. Lorsque les efforts des administrations municipales s’accordent avec les organisations pouvant profondément atteindre les communautés touchées, nous pouvons enfin atteindre les plus vulnérables.

Cet article a été préparé dans le cadre du symposium de Delta 8.7 « Approches locales s’attaquant à l’esclavage moderne ». Lisez toutes les réponses ici ou téléchargez un fichier PDF du symposium complet ici.

Megan Tackney est la responsable du programme Pathways to Freedom pour Humanity United.

Cet article a été préparé par Megan Tackney en tant que contributrice à Delta 8.7. Comme spécifié dans les Conditions générales d’utilisation de Delta 8.7, les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur(e) et ne reflètent pas nécessairement celles de l’UNU ou de ses partenaires.

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